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Visite de la Directrice générale des Finances publiques

Le 4 septembre 2026, à l’occasion de la visite de la Directrice générale des Finances publiques dans l’Aisne, la CGT Finances publiques 02, représentée par Isabelle et Patrick, est allée à sa rencontre pour porter directement la parole de la CGT et les préoccupations des agentes et agents du département. Retrouvez ci-dessous l’adresse que nous lui avons lue per le secrétaire à cette occasion.

Madame la Directrice générale,
Vous venez aujourd’hui dans notre beau département de l’Aisne.
Un département bien singulier à beaucoup d’égards, et pas toujours des plus
flatteurs.
Pourtant, notre territoire a vu naître quelques-uns des grands esprits de ce
pays : Jean de La Fontaine, Jean Racine, Camille Desmoulins, Alexandre
Dumas, Camille Claudel ou encore Condorcet, pour ne citer qu’eux.
Mais la fin du XXᵉ siècle a vu notre département dépérir. Son histoire,
pourtant belle et prestigieuse, a progressivement laissé place aux
fermetures d’usines, à la progression du chômage, à la paupérisation de sa
population et à toutes les conséquences sociales qui en découlent.
Notre département ne brille plus aujourd’hui des Lumières du passé, ni des
discours enflammés des révolutionnaires qu’il a vus naître ou qu’il a
adoptés.
L’Aisne cumule désormais plusieurs des indicateurs sociaux les plus
défavorables de France métropolitaine. Près d’un habitant sur cinq vit sous
le seuil de pauvreté. Le département figure historiquement parmi les
territoires les plus touchés de France par l’illettrisme et 16 % des jeunes
Axonais présentent des difficultés de lecture, contre 10 % en France
métropolitaine. L’Aisne connaît également une forte fragilité numérique,
particulièrement marquée dans les territoires ruraux du nord du
département.
Face à ces réalités, l’exécutif de ce pays et la Direction générale des
Finances publiques ont pourtant estimé, il y a seulement quelques années,
que la meilleure des réponses était le tout-numérique, la fermeture des
centres des Finances publiques de proximité et leur regroupement sur
seulement quelques sites.
Au-delà de la violence de cette restructuration pour ses agents, la DGFiP a
ainsi fait le choix d’éloigner davantage encore le service public des
populations les plus fragiles, amplifiant le sentiment d’abandon d’une partie
des habitants des territoires ruraux et de notre département.
Ce choix de la Direction générale, porté par des considérations de
rationalisation et d’économies et réalisé au mépris des besoins réels des
populations, n’est pas sans conséquence.
Madame la Directrice générale, vos prédécesseurs comme vous-même
portez une responsabilité dans la casse du lien social sur une grande partie
de notre territoire.
L’affaiblissement de l’État et de ses services, les suppressions permanentes
d’emplois, la réduction de l’accueil physique et la baisse constante des
moyens nourrissent la défiance et le ressentiment envers l’État.
Et le ressentiment finit par devenir colère.
La colère, Madame la Directrice générale, est fédératrice. Mais rarement
pour le meilleur.
Vous voici ainsi sur une terre où quatre députés sur cinq appartiennent
aujourd’hui à l’extrême droite. Si cette réalité semble moins en émouvoir
certains que par le passé, l’organisation syndicale à laquelle j’appartiens,
elle, se souvient de l’Histoire.
Alors, sans doute êtes-vous venue nous vanter les mérites de la facturation
électronique. Probablement allez-vous souligner la force d’une
administration capable d’adaptation et d’innovation permanentes.
Et nous ne dirons pas le contraire.
Cette capacité d’adaptation est précisément l’illustration du sens du service
public et du devoir qui anime chacun des agents de notre DGFiP.
Si ministres, directeurs et directrices s’enorgueillissent de ces réussites,
nous savons, nous, qu’elles sont avant tout le résultat de l’investissement
quotidien des agents qui font vivre la DGFiP.
Et pourtant, rien ne leur est épargné.
Chaque année qui passe, ce sont des moyens qui diminuent, des services
qui ferment et des emplois que l’on supprime.
Chaque année, on demande aux agents de faire davantage avec moins.
Et chaque année, leur pouvoir d’achat s’érode. Le point d’indice, lui, semble
avoir acquis une capacité de résistance au réchauffement climatique que
les calottes glaciaires lui envient.
La DGFiP est aujourd’hui une administration qui, localement, manque
cruellement d’attractivité.
Et pour cause : rémunérations en berne, management parfois toxique,
recours croissant aux contractuels, fiches de postes peu attractives,
multiplication des postes au choix et des postes à profil qui peuvent mettre
des cadres en difficulté lorsqu’on leur confie des fonctions pour lesquelles
ils n’ont pas été suffisamment préparés.
À cela s’ajoute un sentiment d’arbitraire dans certaines décisions
d’affectation. La règle de l’ancienneté avait certainement ses imperfections,
mais elle avait au moins deux qualités essentielles : elle était simple et
transparente. Elle limitait ainsi les soupçons de favoritisme ou de copinage
qui peuvent aujourd’hui accompagner certaines décisions.
Plus largement, notre administration, comme l’ensemble de la fonction
publique d’État, s’éloigne chaque jour un peu plus de ce qui a longtemps fait
sa force : un statut du fonctionnaire protecteur, attractif et sécurisant,
garantissant également son indépendance et sa neutralité.
Au nom d’une vision libérale et dogmatique de l’action publique, les
gouvernements successifs ont pris soin de détricoter progressivement ce
qui faisait la solidité de notre administration.
Aujourd’hui, nous en payons le prix.
La Direction générale fait désormais les gros titres à la suite d’une fuite
majeure de données, donnant de notre administration une image
d’amateurisme bien éloignée de l’exigence que l’on impose
quotidiennement à ses agents.
À ce propos, la CGT ne peut que s’étonner.
Ces derniers mois, une vague de contrôles en matière de déontologie des
agents a conduit à de nombreux entretiens et, dans certains cas, à des
sanctions.
Nous constatons donc avec une certaine amertume que l’exigence de
responsabilité semble beaucoup plus immédiate lorsqu’elle s’exerce à
l’égard des agents.
Car lorsqu’une fuite de données d’une telle ampleur survient,
médiatiquement désastreuse pour notre administration et révélatrice d’un
manquement majeur dans la sécurisation des informations qui nous sont
confiées, nous cherchons encore les conséquences qu’elle a pu avoir au
sommet de notre Direction générale.
Madame la Directrice générale,
Nous savons que vous n’êtes pas venue ici pour nous annoncer le
renforcement massif de nos services, la fin des suppressions d’emplois ou
la revalorisation des traitements.
Nous ne sommes pas naïfs.
Mais nous savons également que vous n’aurez sans doute pas la volonté de
nous dévoiler aujourd’hui ce que sera votre prochain NRP.
Nous avons bien entendu, dans nos instances, les cadres de notre direction
locale nous affirmer qu’un tel plan n’existe pas et que nos inquiétudes sont
infondées.
Permettez nous d’avoir appris la prudence.
Les restructurations passées nous ont enseigné ce que valent parfois les
démentis qui précèdent les annonces.
Nous savons également quelle loyauté la Direction générale exige de ses
directeurs locaux. Nous prenons donc acte de cette loyauté lorsqu’ils
appliquent les orientations et portent les éléments de langage qui leur sont
transmis.
Alors, si vous n’avez pas l’intention de nous révéler vos véritables projets
pour notre réseau ; si votre visite n’a d’autre objet que de communiquer sur
la facturation électronique ou de célébrer les mérites des maisons France
Services, permettez nous de vous dire que nous n’avions pas besoin de votre
visite pour cela.
Soyez assurée que nos collègues savent ce qu’ils ont à faire.
Ils l’ont démontré suffisamment de fois.
Donnez leur les moyens à la hauteur des enjeux et ils sauront, une nouvelle
fois, répondre présents.
Madame la Directrice générale,
En conclusion, il ne nous reste peut-être qu’à rêver. Heureusement, cela
nous est encore permis.
Rêver que votre visite dans l’Aisne vous permette de regarder réellement nos
territoires et leurs populations.
Rêver que de cette prise de conscience naissent le courage et la volonté de
porter, y compris auprès de ceux qui vous ont nommée, les besoins que
traduisent ces réalités locales.
Rêver que ce courage puisse contribuer à un changement de cap et de
politique.
Mais il existe une autre possibilité, sans doute plus certaine.
Celle que vous repartiez à Bercy comme vous êtes venue, pour poursuivre
une politique de recul du service public que nos collègues et nous-mêmes
nous efforçons, chaque jour, de maintenir debout.
Ce service public, nous le défendons.
Nos collègues le font vivre.
Et malgré les restructurations, malgré les suppressions d’emplois, malgré le
manque de reconnaissance et malgré les décisions prises loin de nos
territoires, ils continuent à le servir avec professionnalisme, avec conviction
et, pour beaucoup d’entre eux, avec passion.
C’est précisément pour cela que nous refusons de le regarder disparaître.

La CGT Finances publique de l’Aisne

Article publié le 10 septembre 2026.


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